Quarante acteurs venus de Nouakchott, du Trarza, du Brakna, du Gorgol, du Guidimakha, de l'Assaba et du Hodh ont travaillé deux jours à Kaédi pour une question simple : quels services de conseil les éleveurs ont-ils vraiment besoin, et qui peut les fournir durablement ?
À Kaédi, dans la salle comme sur le terrain, une conviction a guidé l'atelier de priorisation et de professionnalisation des services de conseil agropastoral de la filière lait/fourrage : on ne repart pas de zéro. Organisé par le projet SYSALIM (Systèmes alimentaires durables et inclusifs), mis en œuvre par Enabel, Agence belge de coopération internationale, avec le financement de l'Union européenne, l'atelier a réuni éleveurs, facilitateurs, organisations socioprofessionnelles, mini-laiteries, services techniques de l'État, structures de recherche et de formation, ainsi que l'équipe SYSALIM.
Construire sur l'acquis de RIMDIR, RIMFIL et SECURALIM
SYSALIM s'inscrit dans la continuité des interventions précédentes d'Enabel en Mauritanie. RIMFIL a permis d'expérimenter et d'apprendre (facilitateurs, conseil de gestion), SECURALIM de renforcer les acteurs (OSP, techniciens, conseil de proximité). SYSALIM veut aujourd'hui consolider : identifier les services prioritaires, les prestataires crédibles, et tester des modèles viables. Plutôt que de créer un système parallèle, le projet s'appuie sur les compétences et dispositifs déjà présents dans les zones d'intervention.
Un besoin n'est pas toujours un besoin de conseil
Premier défi relevé par les participants : distinguer ce qui relève de l'investissement (un tank à lait, une motopompe), du financement, de la formation ou du véritable conseil, c'est-à-dire ce qui aide l'éleveur à
prendre une meilleure décision. Un refroidisseur à lait ne suffit pas sans accompagnement pour décider, gérer et pérenniser.
Du problème au service, puis à l'expérimentation
En cinq exercices, les groupes sont partis de problèmes réellement observés dans la filière, ont formulé la décision que l'éleveur doit pouvoir mieux prendre, puis ont cartographié qui fait quoi aujourd'hui et qui pourrait le porter demain. Ils ont ensuite soumis les services présélectionnés à un « test de professionnalisation » : compétences et outils, proximité, information, organisation, financement, résultats. La question test : « Si SYSALIM cesse d'appuyer ce service demain, qu'est-ce qui reste et qu'est-ce qui s'arrête ? »
Les travaux ont fait émerger quatre services de conseil à approfondir :
- La ressource fourragère : conseil de proximité pour choisir, produire, conserver et valoriser les fourrages adaptés à chaque système d'élevage ;
- L'animal et le lait : conseil intégré alimentation et performance laitière, pour améliorer production, qualité du lait et rentabilité ;
- L'eau : conseil pour sécuriser et arbitrer l'usage de l'eau entre abreuvement, production fourragère et autres besoins, à un coût viable ;
- La reproduction et le potentiel génétique : accompagner les choix de reproduction et d'amélioration du troupeau laitier.
Des acteurs du terrain au cœur du dispositif
Facilitateurs fourragers du Guidimakha et de l'Assaba, facilitatrices du Brakna, noyau laitier, mini-laiterie, inspections de l'élevage, SONADER, ESAV, ISPM, GNAP, AMAD : la diversité des participants a permis de croiser les regards et de ne retenir que des services réalistes, portés par des acteurs existants. Les témoignages d'un facilitateur et d'une OSP ont ouvert la seconde journée.
Et maintenant ?
Les résultats des groupes alimentent une matrice opérationnelle des services prioritaires. SYSALIM retiendra un nombre limité de services à expérimenter : tester, mesurer, apprendre, ajuster. Le même exercice est conduit pour le maraîchage et les céréales traditionnelles.
Projet SYSALIM, financé par l'Union européenne et mis en œuvre par Enabel, Agence belge de coopération internationale.