Institutionnaliser le genre : Enabel Burkina Faso, une expérience qui inspire et fait école

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Le 11 septembre 2026, Enabel Burkina Faso a ouvert ses portes à une délégation d’étudiantes et d’étudiants de l’Institut de hautes études internationales du développement (IHEID) de Genève, venu·e·s découvrir concrètement comment une organisation peut faire de l’égalité de genre un principe structurant de sa culture, de ses pratiques et de ses interventions. Une rencontre riche en enseignements, qui confirme qu’au-delà de ses projets, Enabel peut aussi être un espace d’apprentissage, d’inspiration et de partage d’expériences.

Et si l’égalité de genre cessait d’être une intention pour devenir une réalité concrète, mesurable et transformatrice ? C’est autour de cette question que s’est articulée la visite de terrain organisée au sein d’Enabel Burkina Faso au profit des participantes et participants aux programmes Executive Certificate of Advanced Studies (CAS) et Executive Diploma (DAS) en Genre et développement de l’IHEID de Genève.
Cette visite intervenait à l’issue d’un atelier de fin de module consacré à la budgétisation sensible au genre, aux pouvoirs et transformations sociales. Elle a permis aux étudiant·e·s de confronter les connaissances acquises dans le cadre académique à une expérience institutionnelle et opérationnelle concrète : celle d’une organisation expérimentant l’intégration du genre aussi bien dans son fonctionnement interne que dans la conception, la budgétisation, la mise en œuvre, le monitoring, la capitalisation de ses interventions.
Dans son mot de bienvenue, Jozef Noordholland De Jong, Directeur Pays d’Enabel au Burkina Faso, a placé cette rencontre sous le signe de l’apprentissage mutuel. « La budgétisation sensible au genre constitue un levier majeur de transparence, d’efficacité et de garantie de l’égalité de genre », a-t-il souligné, rappelant que cette exigence guide Enabel dans l’intégration systématique du genre et de l’inclusion au cœur de ses projets et programmes. Pour le Directeur Pays, l’objectif n’était donc pas simplement de présenter des outils ou des procédures. Il s’agissait surtout de créer un véritable espace d’échanges permettant aux équipes d’Enabel et aux étudiant·e·s de partager les bonnes pratiques, outils, expériences et leçons apprises du terrain, avec l’ambition d’améliorer continuellement les pratiques organisationnelles et opérationnelles. 

Du principe à la pratique : une approche intégrée du genre

Au cours de la visite, les échanges ont porté sur plusieurs dimensions de l’institutionnalisation du genre. Les étudiant·e·s ont notamment découvert comment les principes d’inclusion peuvent être pris en compte dans les procédures organisationnelles, les ressources humaines, la communication, ainsi que dans la programmation des interventions.
La démarche présentée par Enabel montre ainsi que le genre ne se limite pas à une composante isolée d’un projet. Ile genre est une véritable dimension transversale de la culture organisationnelle : équilibre entre vie professionnelle et vie familiale, procédures ressources humaines inclusives et équitables, etc. La dynamique portée par le cercle genre et inclusion d’Enabel Burkina a contribué à la mise en œuvre des projets transformateurs pour une organisation plus inclusive. Sur le plan opérationnel, l’approche repose également sur la co-création avec les partenaires et les acteurs·rices des territoires d’intervention. L’objectif est de contribuer à l’émergence de solutions durables et inclusives, adaptées aux réalités locales et capables de produire des transformations au-delà de la durée des projets. Cette approche trouve son expression dans une conviction forte portée par Enabel Burkina Faso : l’égalité de genre se construit par la co-création, le partenariat, l’engagement et la mobilisation de l’expertise collective.

 « Deux heures d’échanges, l’équivalent de six mois de stage »

Pour les étudiant·e·s, cette immersion a constitué bien plus qu’une simple visite institutionnelle. Jules Rodolphe KOUAME, étudiant originaire de Côte d’Ivoire, ne cache pas son émerveillement devant la richesse des échanges. « Ces (2 h) deux heures d’échange, c’est l’équivalent de 6 mois de stage », témoigne-t-il. Son intérêt porte notamment sur la manière dont Enabel a réussi à opérationnaliser l’institutionnalisation du genre à travers ses différents départements et sa culture organisationnelle. Pour lui, l’expérience a également permis de mettre en évidence un élément déterminant : l’engagement de la haute direction. La présence du Directeur Pays et de son adjointe lors de cette rencontre est perçue comme un signal institutionnel fort. Elle traduit, selon l’étudiant, l’importance accordée à cette question et contribue à expliquer les résultats observés. Son témoignage révèle également une attente : voir les bonnes pratiques expérimentées par Enabel davantage partagées avec les acteurs gouvernementaux et les organisations de la société civile, afin que l’institutionnalisation du genre puisse progressivement irriguer d’autres structures. 

« L’institutionnalisation du genre n’est pas abstraite »

Pour Ange MAKADI NGOY, étudiante originaire de la République démocratique du Congo, cette visite a également permis de déconstruire une idée reçue.
Elle explique que l’expérience d’Enabel lui a permis de dépasser l’idée selon laquelle institutionnaliser le genre et mettre en place une budgétisation sensible au genre seraient des processus trop complexes, voire impossibles. La découverte des mécanismes concrètement utilisés par Enabel lui a permis d’en percevoir à la fois les défis et les possibilités. Elle insiste particulièrement sur l’importance des alliés, des ressources et de la formation. Pour elle, une institutionnalisation durable suppose des personnes suffisamment formées et engagées pour porter l’enjeu du genre au sein de leur organisation. Autre élément qui l’a marquée : la transparence dans la manière dont Enabel présente et partage son travail sur le genre. La découverte concrète de la « toile de l’institutionnalisation », étudiée jusque-là dans un cadre académique, lui a permis de passer de la théorie à la pratique. Sa conclusion est particulièrement forte : l’institutionnalisation du genre n’est « pas abstraite ou impossible ou inaccessible » ; elle nécessite du temps, de la volonté, des ressources et des personnes capables de porter cet enjeu. 

Une expérience qui dépasse les murs d’Enabel

Cette visite illustre ainsi une dimension essentielle de l’action d’Enabel : faire, mais aussi partager ; accompagner, mais aussi transmettre ; agir avec les partenaires, tout en contribuant au renforcement durable des capacités.
L’expérience présentée aux étudiant·e·s rappelle que la transformation ne se mesure pas uniquement au nombre d’activités réalisées ou d’acteurs·rices touché·e·s. Elle se mesure aussi à la capacité d’une institution à faire évoluer ses pratiques, ses procédures, ses partenariats et, progressivement, les normes qui structurent les sociétés inclusives et équitables.
Dans cette perspective, l’impact peut prendre de multiples formes : une femme qui accède à un métier traditionnellement réservé aux hommes ; une jeune fille qui poursuit sa scolarité et envisage son avenir avec confiance ; une survivante de violences basées sur le genre qui bénéficie d’une prise en charge respectueuse de ses droits ; une collectivité qui intègre l’égalité de genre dans sa planification et ses budgets ; ou encore un homme qui devient un allié du changement. Enabel Burkina Faso apparaît ainsi, à travers cette rencontre, non seulement comme un acteur de coopération engagé dans des projets et programmes, mais également comme un espace où les pratiques peuvent être expérimentées, documentées, questionnées et partagées.
Le regard porté par les étudiant·e·s de l’IHEID constitue à cet égard un retour particulièrement significatif : leurs témoignages montrent que l’expérience d’Enabel peut nourrir la réflexion académique, professionnelle et institutionnelle bien au-delà du Burkina Faso.
Car au-delà des projets mis en œuvre, ce sont des trajectoires professionnelles et institutionnelles qui peuvent être influencées. Au-delà des activités réalisées, ce sont des capacités et des opportunités qui peuvent être renforcées. Et au-delà de l’action immédiate, c’est une ambition de transformation durable, inclusive et co-construite qui se dessine.
Cette rencontre aura donc permis une nouvelle fois de rappeler une conviction forte : lorsque les connaissances, l’expérience du terrain, l’engagement institutionnel et le dialogue se rencontrent, les pratiques peuvent devenir des références, les expériences peuvent devenir des enseignements et les enseignements peuvent, à leur tour, inspirer d’autres acteurs et actrices à agir.

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