PRADEP : de Bruxelles aux corridors du Sahel, une vision inclusive en action

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Lomé / Bruxelles — Le 9 juillet 2026, à Lomé, le Comité permanent Inter-États de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS) lançait officiellement le Programme Régional d'Appui au Développement de l'Économie Pastorale en Afrique de l'Ouest et au Sahel (PRADEP-AOS). Sept jours plus tôt, à Bruxelles, le réseau Elles du Sahel et la Plateforme de Coopération Sahel, sous la présidence de l’OCDE SWAC, réunissaient chercheurs, diplomates et praticiens autour d'une question simple en apparence, forte dans ses implications : que devient le pastoralisme sahélien lorsqu'on le regarde enfin à travers le prisme du genre et de l'inclusion ? Entre ces deux rendez-vous, un même fil : la conviction qu'un secteur longtemps traité avec trop de nostalgie ou comme un seul défi sécuritaire doit devenir un moteur de développement, et que cela ne se fera pas sans les femmes et les jeunes aux postes de décision ni sans l’ancrage au sein des corridors en Afrique de l’Ouest. 

Un programme à la hauteur des enjeux 

Doté de 60 millions d'euros financés par l'Union européenne pour la période 2025-2030, PRADEP-AOS n'est pas un projet de plus. Déployé dans treize pays — du Sénégal au Tchad, en passant par le Bénin, le Cameroun ou le Nigeria — il s'organise autour de trois grands couloirs de mobilité et de commerce du bétail : le couloir Central (Bénin, Burkina Faso, Ghana, Togo, Côte d'Ivoire, Mali, Niger), le couloir Lac Tchad (Niger, Nigeria, Cameroun) et le couloir Ouest (Mali, Sénégal, Mauritanie, Guinée).   

Selon Niccolo Maracchi, chef de coopération de l'Union européenne à Lomé, ces couloirs ne sont pas des programmes cloisonnés mais les composantes d'une même ambition régionale, dans une dynamique Global Gateway, appelant à l'harmonisation des pratiques et à une coopération renforcée entre États.  

C'est précisément sur le couloir Ouest — 15,5 millions d'euros, piloté depuis Nouakchott dans les zones transfrontalières de la Mauritanie, du Sénégal, du Mali et de la Guinée — qu'Enabel a été désignée maître d'œuvre.   

Deux relais de l'agence belge défendent ce dossier : Régine Debrabandere, Directrice Régional Afrique de l'Ouest, et Laurent Delouvroy, Directeur Pays d'Enabel en Mauritanie. Ce dernier présent au lancement de Lomé le 9 juillet était engagé, aux côtés du ministère mauritanien de l'Élevage, dans les discussions opérationnelles autour du programme.  

C'est sur ce couloir Ouest, précisément, que se joue la capacité de PRADEP à traduire en résultats concrets les principes actés une semaine plus tôt à Bruxelles. 

Bruxelles, laboratoire d'une nouvelle doctrine 

Le 2 juillet, lors de la table ronde « Dynamiques Pastorales au Sahel, Genre, Inclusion et Réponses Adaptées », organisée par le réseau Elles du Sahel et la Plateforme de Coopération Sahel, Régine Debrabandere siégeait au premier panel, consacré aux dynamiques pastorales actuelles au Sahel sous l'angle du genre et de l'inclusion. Les conclusions de cette rencontre guidée par Mme Nana Touré que nous remercions pour son leadership, résumées dans la synthèse publiée à l'issue des échanges, dessinent une approche que PRADEP semble avoir anticipée point par point. 

Premier constat : le pastoralisme doit cesser d'être perçu par le seul prisme de la vulnérabilité ou de la crise sécuritaire au Sahel pour être reconnu comme un pilier économique à part entière — créateur d'emplois, de revenus et de stabilité territoriale dans toute la région de l’Afrique de l’Ouest.  
 
Deuxième constat, plus tranchant : les femmes et les jeunes ne peuvent plus être de simples « bénéficiaires » des programmes pastoraux ; ils doivent devenir des acteurs à part entière de la gouvernance, associés dès les phases de diagnostic jusqu'au suivi des interventions, avec un accompagnement spécifique — préconsultations, horaires adaptés, renforcement des capacités de prise de parole et suivi de la participation réelle.  

Troisième constat : la mobilité pastorale ne se gère pas à coups de frontières administratives, mais appelle une gouvernance territoriale intégrée des couloirs de mobilité et commerce du bétail.
 
Quatrième et cinquième constats : les données désagrégées par sexe et par âge doivent devenir des biens publics au service de la décision, et les bailleurs doivent enfin abandonner la logique de projets ponctuels pour investir dans des systèmes pérennes, ancrés dans l'appropriation nationale. 

La synergie à l'œuvre 

C'est là que la boucle se referme. PRADEP-AOS, par sa conception même, répond à chacune de ces recommandations : une architecture pensée par corridors plutôt que par pays, un investissement dans les chaînes de valeur (lait, bétail-viande, fourrages) et la santé animale (One Health) plutôt que dans la seule gestion de crise, et — sur le couloir Ouest confié à Enabel — un mandat qui ne peut se déployer sans les cadres de concertation inclusifs et les diagnostics de genre réclamés favorisant une transformation durable des normes sociales. 

L’équipe Enabel à Nouakchott, en est le relais opérationnel direct auprès des ministères et des communautés pastorales du couloir Ouest. Entre le diagnostic partagé à Bruxelles et son exécution à Lomé puis sur les pistes transfrontalières du Sahel, c'est la même chaîne de conviction qui se déploie : le pastoralisme n'est pas un problème à contenir, mais un système productif à faire grandir — avec les femmes et les jeunes au centre de la décision. 

Une vision à consolider 

Les recommandations issues du réseau Elles du Sahel insistent sur un dernier point, qui pourrait bien devenir le test de vérité de PRADEP avec les corridors du Global Gateway dans les cinq années à venir : passer d'une logique de projet à une logique de système durable, en investissant dans les institutions nationales plutôt que dans des dispositifs parallèles voués à s'éteindre avec le financement. Le pari est ambitieux. Mais le lancement de Lomé, porté par des acteurs qui ont contribué à façonner la doctrine autant qu'à l'exécuter, donne à ce couloir Ouest une longueur d'avance : celle d'un programme qui sait, dès son premier jour, ce que ses propres bailleurs de fonds intellectuels attendent de lui.

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