À Koupéla, Enabel fait le pari de l'innovation et de la recherche pour renforcer la résilience climatique au Sahel

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Le Portefeuille Thématique Climat Sahel (PTCS) d'Enabel a organisé, les 23 et 24 juin 2026 à Koupéla, un atelier de restitution des résultats de la Plateforme d'innovation (PI) de Koupéla et des travaux de recherche menés par des étudiants de Master 2 et de doctorat bénéficiaires du programme Climat. Réunissant Enabel, chercheurs, organisations de la société civile, services techniques de l'État, collectivités territoriales, partenaires de mise en œuvre et les étudiants boursiers, cette rencontre visait à partager les innovations développées sur le terrain, à valoriser les résultats de la recherche scientifique et à identifier les meilleures stratégies pour renforcer leur diffusion au profit des communautés sahéliennes confrontées aux effets des changements climatiques. 

Une réponse aux défis climatiques du Sahel

La région du Sahel demeure l'une des plus exposées aux effets des changements climatiques. La baisse de la fertilité des sols, la dégradation des terres, la raréfaction des ressources en eau et l'irrégularité des précipitations fragilisent les systèmes de production agricole et les moyens d'existence des populations.
Pour répondre à ces défis, Enabel met en œuvre le Portefeuille Thématique Climat Sahel (PTCS), dont l'ambition est de renforcer la résilience des communautés en favorisant l'accès à des pratiques agroécologiques innovantes et à des solutions durables de gestion des ressources naturelles. Dans cette dynamique, le PTCS Burkina Faso et le PTCS régional ont accompagné la création de trois plateformes d'innovation et de trois centres d'innovation agroécologiques implantés à Koupéla, Méguet et Boulsa, afin de rapprocher la recherche scientifique des réalités du terrain. 

Les plateformes d'innovation, des laboratoires à ciel ouvert

Contrairement aux approches classiques où les innovations sont conçues en laboratoire avant d'être transférées aux producteurs, les plateformes d'innovation reposent sur un principe de co-création. Chercheurs, producteurs, services techniques, collectivités territoriales et organisations de la société civile travaillent ensemble pour identifier les contraintes rencontrées sur le terrain, expérimenter différentes solutions et retenir celles qui répondent le mieux aux réalités locales.
Au Burkina Faso, cette dynamique est portée par l'Association Beo-Neeré Agroécologie (ABNA) partenaire d'Enabel chargé de l'animation des plateformes et de la pérennisation des actions engagées. Selon Sienou Ousséni, coordonnateur général adjoint de l'ABNA, cette démarche participative facilite considérablement l'appropriation des innovations : « Les solutions ont été conçues avec les producteurs. Notre rôle a consisté à les améliorer grâce à l'expertise technique et scientifique. Cette co-création facilite naturellement leur adoption. » 
Les plateformes disposent aujourd'hui de sites d'expérimentation aménagés, comprenant des parcelles agroécologiques de plusieurs hectares, des forages et des dispositifs de stockage d'eau destinés à tester les différentes innovations dans des conditions proches de celles rencontrées par les producteurs. 

Plus de 800 producteurs déjà touchés

Les premiers résultats du projet témoignent déjà de l'intérêt suscité par cette approche. Grâce aux démonstrations organisées sur les centres d'innovation, plus de 800 producteurs issus d'une soixantaine de villages ont été sensibilisés aux pratiques agroécologiques développées dans le cadre du PTCS. Des producteurs relais ont également été identifiés afin d'assurer la diffusion des innovations au sein de leurs communautés et d'amplifier leur adoption. Pour les responsables de l'ABNA, ces résultats montrent que les communautés s'approprient progressivement les pratiques proposées, notamment parce qu'elles répondent directement aux contraintes qu'elles rencontrent dans leurs exploitations agricoles.

Quand la recherche scientifique sort des laboratoires

L'une des particularités du PTCS est d'avoir associé étroitement les universités à cette dynamique d'innovation. Enabel a ainsi financé six bourses d'études, dont trois en doctorat et trois en Master 2, afin de permettre à de jeunes chercheurs burkinabè de produire des connaissances scientifiques directement utiles aux communautés rurales. Les travaux sont conduits au sein même des centres d'innovation agroécologiques, où les chercheurs expérimentent leurs solutions dans des conditions réelles de production. 
Les recherches portent notamment sur la restauration de la fertilité des sols et au traitement biologique des cultures, grâce au Faidherbia albida ; les alternatives naturelles contre les maladies fongiques du soja ; les solutions durables d’imperméabilisation des bassins de collecte des eaux de ruissellement ; les effets des biofertilisants sur les cultures maraîchères ; les composts enrichis destinés à améliorer durablement les sols ; l’évaluation de variétés de maïs adaptées aux conditions agroclimatiques locales.

Des jeunes chercheurs au service des communautés

Au-delà de leur portée scientifique, les travaux présentés lors de l'atelier répondent à des préoccupations concrètes des producteurs confrontés aux effets des changements climatiques. Doctorant à l'Université Joseph KI-ZERBO, Boubacar Sinaré a présenté une recherche consacrée à l'utilisation de composts enrichis à la Litière Forestière Fermentée (LiFoFer)  pour améliorer la productivité du niébé et restaurer la fertilité des sols. Ses résultats montrent que les composts enrichis améliorent non seulement les rendements, mais contribuent également à redonner vie aux sols dégradés. Pour le jeune chercheur, ces résultats ouvrent également des perspectives économiques. « Cette innovation peut contribuer à restaurer les terres dégradées, améliorer les revenus des producteurs et favoriser l'émergence d'activités locales de production et de commercialisation de composts enrichis à la Litière Forestière Fermentée (LiFoFer) », explique-t-il.
De son côté, Minata Sanou, doctorante à l'Université Joseph KI-ZERBO, s'est intéressée au rôle de Faidherbia albida dans les systèmes agroforestiers. Ses recherches mettent en évidence les nombreux bénéfices de cette espèce, aussi bien pour la fertilité des sols que pour l'alimentation du bétail, les usages médicinaux, les revenus des ménages et la préservation des écosystèmes. Elle alerte toutefois sur la faible régénération naturelle de l'espèce et plaide pour son intégration accrue dans les systèmes de production afin de renforcer durablement la résilience des exploitations agricoles.
Les chercheurs ont insisté sur le fait que ces travaux n'ont pas vocation à rester dans les laboratoires. Ils constituent des solutions directement mobilisables par les producteurs, les organisations de développement et les services techniques pour accompagner la transition vers une agriculture plus résiliente face aux changements climatiques.

Faire vivre les innovations au-delà du projet

Pour Inoussa Sankara, Chef de projet du PTCS volet Burkina, la réussite du programme ne se mesure pas uniquement aux résultats obtenus pendant sa mise en œuvre, mais surtout à la capacité des acteurs locaux à poursuivre cette dynamique après le retrait du projet.
Il souligne que les plateformes d'innovation ont été conçues dès l'origine comme des mécanismes durables, portés par des organisations locales capables d'assurer la continuité des expérimentations, de diffuser les connaissances acquises et d'accompagner les producteurs dans l'adoption des innovations. Le soutien accordé aux étudiants répond à la même logique : rapprocher durablement la recherche scientifique des besoins exprimés sur le terrain afin que les solutions développées soient à la fois scientifiquement éprouvées et facilement applicables par les communautés. 

Capitaliser aujourd'hui pour mieux diffuser demain

Au-delà du partage des résultats, l’atelier a permis aux participants d’échanger sur les enseignements tirés des plateformes d’innovation, d’identifier les innovations présentant le plus fort potentiel de diffusion et de formuler des recommandations pour renforcer leur mise à l’échelle. Les échanges ont notamment porté sur la production de fiches techniques de capitalisation, le renforcement des producteurs relais, la poursuite des collaborations entre chercheurs et organisations de développement ainsi que la valorisation scientifique des travaux réalisés.
En rapprochant les chercheurs, les producteurs, les organisations de la société civile et les institutions publiques, le Portefeuille Thématique Climat Sahel démontre que la lutte contre les changements climatiques passe autant par la production de connaissances que par leur appropriation sur le terrain. À travers cette démarche, Enabel contribue à faire émerger des solutions agroécologiques durables, adaptées aux réalités du Sahel et capables d’améliorer durablement les conditions de vie des communautés rurales.

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