Rencontrée par le Trade for Development Centre d’Enabel lors du salon Chocoa, Ginette Kouamé, directrice de la coopérative agricole Ecakoog, partage sa vision et les défis d’une organisation qui, en moins de 15 ans, est devenue un acteur majeur de la filière cacao en Côte d’Ivoire. De l’exportation directe au cacao fine saveur, Ecakoog mise sur une gestion centralisée et des piliers de durabilité pour garantir la qualité et l’impact social.
Fondée le 14 juillet 2012, la coopérative Ecakoog (Entreprise Coopérative Agricole Koognanan(1) de Grogouya(2) est née d’une initiative visant à sensibiliser, structurer et développer la région de Lakota et ses alentours, riche en potentiel et dotée d’une population jeune. Démarrée avec 521 membres, l’organisation a connu une croissance spectaculaire et regroupe aujourd’hui 10 533 membres répartis sur huit zones opérationnelles, dont le siège à Lakota, ainsi que Gagnoa, Tiassalé, Toulepleu, Biankouma, Zouan-hounien, San Pedro et Duékoué.
Une organisation structurée au service de l’ampleur
Face à cette ampleur, Ecakoog a mis en place une structure décentralisée mais contrôlée. L’équipe de base - comprenant la direction et les départements clés (durabilité, comptabilité, logistique et export) - est basée au siège à Lakota. Dans les huit zones, un représentant, un magasinier, un agent de durabilité et des agents de terrain assurent le suivi. L’équipe de terrain compte au total 60 agents dont la mission est notamment le mapping des parcelles, la collecte de données, la sensibilisation et la formation des producteurs.
Le saut dans l’exportation directe
Un tournant majeur a été franchi en 2020 avec le passage à l’exportation directe. Cette décision, bien que n’ayant pas immédiatement conduit à des contrats la première année, a apporté une plus grande visibilité et a permis de négocier et commercialiser directement avec les partenaires. Après des volumes internes les années suivantes, Ecakoog est passée de 500 tonnes avec Africao à 6.000 tonnes à l’export aujourd’hui, avec des partenaires comme Comod trading, Cocoa Source, et Facta International. Cette évolution est essentielle pour écouler la production estimée à plus de 16.000 tonnes pour ses 10.533 membres.
Le cœur de la qualité : le cacao fine saveur
Le développement du cacao fine saveur, lancé en 2019, est intégré au programme de durabilité interne d’Ecakoog, lequel repose sur cinq piliers : l’agroforesterie, la promotion du genre et la lutte contre le travail des enfants, la bancarisation et l’assurance maladie, ainsi que la production d’intrants biologiques.
Pour garantir la qualité, Ecakoog a opté pour une fermentation centralisée en caisse à la coopérative, sous la responsabilité d’une équipe dédiée et supervisée. Cette centralisation est jugée essentielle pour assurer un suivi rigoureux des protocoles, notamment les prises de température.La coopérative a été accompagnée dès le départ par Zoi Papalexandratou de Zoto. Les analyses sensorielles ont identifié trois terroirs distincts : le Klaman(3), le Yèlè(4) et le Dia(5).
Bien que le fine saveur n’ait pas trouvé son marché de niche initial en raison de la complexité des petits volumes, il est désormais utilisé pour produire les fèves torréfiées et les tablettes de chocolat présentées sur les salons.
Promotion du genre et défis
La promotion du genre est active, avec les femmes mobilisées pour le tri des cabosses et le décorticage.
Les activités génératrices de revenus et les Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit (AVEC) ont un impact concret et positif, permettant aux femmes d’améliorer leurs conditions de vie (construction ou achat de terrains, scolarisation des enfants, mise en place de commerce). Cependant, des défis persistent. Bien qu’obtenue en 2021, la coopérative n’a plus renouvelé sa certification biologique après trois ans, l’évolution de la réglementation et le manque de débouchés sur les marchés ayant rendu les contraintes trop lourdes, malgré l’engagement des producteurs pour le fine saveur.
Le principal défi de gestion actuel se trouve dans le mapping des parcelles. Malgré un travail annoncé à 98 %, l’envoi des données aux partenaires est bien souvent confronté à des problèmes de doublons et de superpositions. Ecakoog espère un accompagnement pour résoudre définitivement ce problème récurrent. Un coaching est également souhaité pour maîtriser pleinement le logiciel de traçabilité FarmForce. Ce seront des objectifs de l’accompagnement de deux ans par le Trade for Development Centre d’Enabel.
Objectifs d’avenir et réglementation
Enfin, Ginette Kouamé souligne la nécessité, pour les autorités ivoiriennes, de mettre en place une réglementation qui faciliterait la commercialisation de petites quantités de cacao fine saveur. Pour les exportateurs directs comme Ecakoog, la question de la “contrepartie” reste une exigence stricte du Conseil du Café-Cacao (CCC), obligeant à prouver la fiabilité de l’acheteur international avant tout déblocage d’autorisation d’exportation.
Par ailleurs Ecakoog, engagée dans une initiative de contrepartie avec d’autres coopératives sous le nom de METANYI Trading BV, souhaiterait bénéficier de l’appui du CCC à travers un parrainage. Cet accompagnement faciliterait son enregistrement auprès des FCC ainsi que sa reconnaissance en tant que Contrepartie au niveau du CCC.
Article initialement publié sur le site du Trade for Development Centre :
www.tdc-enabel.bePhoto: Ginette Kouamé, directrice d’Ecakoog (à gauche) et Carole Ali, déléguée Fairtrade pour le compte de Ecakoog. Copyright Enabel/Samuel Poos
(1) Koognanan : En langue malinké signifie ce qui réussi
(2) Village situé à 15 km de lakota dans le Sud-ouest de la Côte d’Ivoire
(3) En langue Baoulé signifie Joli, beau.
(4) En langue malinké signifie éclat.
(5) En langue Dida signifie goût faisant allusion au goût exceptionnel qui en ressort.