À Korsimoro et à Garango, une justice plus proche des populations pour mieux prévenir les conflits

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À Korsimoro et à Garango, les Tribunaux de grande instance (TGI) de Kaya et de Tenkodogo ont engagé, en octobre 2026, des activités de justice de proximité avec l’appui d’Enabel, l’agence belge de coopération internationale. À Korsimoro, la rencontre du 13 octobre a notamment mis en avant le dialogue entre autorités coutumières et acteurs judiciaires. À Garango, le programme organisé du 12 au 16 octobre associait audiences foraines, délivrance d’actes judiciaires, sensibilisation et cliniques juridiques. Une même ambition : faciliter l’accès à la justice et favoriser le règlement pacifique des conflits.

Comment rapprocher la justice des citoyens lorsque la distance, la méconnaissance des procédures ou la difficulté à identifier le bon interlocuteur freinent leurs démarches ? À Korsimoro et à Garango, les activités portées par les juridictions, avec l’accompagnement d’Enabel, apportent une réponse fondée sur la proximité : aller vers les populations, expliquer le fonctionnement de la justice et créer des espaces d’échange autour de leurs préoccupations.
Cette démarche s’inscrit dans le volet gouvernance et cohésion sociale du Programme de coopération bilatérale Belgique-Burkina Faso 2023-2027. Elle entend également améliorer la collaboration entre les acteurs judiciaires et les mécanismes locaux de prévention et de gestion des conflits, auxquels les habitants ont recours au quotidien.

À Korsimoro, le 13 octobre, Julie Van Der Smissen, Programme Manager à Enabel, a insisté sur le rôle des autorités coutumières dans cette démarche. Devant les chefs mobilisés pour l’activité, elle a rappelé leur position de premiers interlocuteurs face aux différends et aux tensions au sein des communautés. « Vous êtes vraiment les premières personnes à être saisies », a-t-elle souligné, après avoir évoqué les situations de conflit auxquelles ils sont régulièrement confrontés.

Pour la représentante d’Enabel, la rencontre doit permettre de mieux comprendre l’articulation entre les pratiques coutumières de règlement des différends et l’intervention des juridictions. Les échanges annoncés autour de la loi Faso Bu-Kaoré constituent, dans cette perspective, une occasion de discuter des responsabilités respectives et des situations nécessitant une orientation vers les acteurs judiciaires. Il s’agit, a-t-elle expliqué aux chefs coutumiers, de « pouvoir aussi vous aider à rendre justice à votre niveau et à savoir quand passer la main aussi à nos collègues ici présents ».

Au-delà de la clarification des rôles, Julie Van Der Smissen a mis en avant l’intérêt de travailler ensemble sur des situations concrètes. L’objectif est que les populations puissent accéder à la justice et que les différends ne nourrissent pas de nouvelles tensions susceptibles de fragiliser la cohésion sociale. Elle a ainsi souhaité que l’activité permette de « répondre à certains questionnements » et de « rendre justice aussi pour certains et certaines d’entre vous ».

À Garango, cette volonté de proximité s’est notamment traduite par la tenue d’audiences foraines correctionnelles les 12 et 13 octobre au cours de laquelle une vingtaine de dossiers ont été examinés. Ils portaient notamment sur des faits de menaces sous condition, de diffamation, de refus d’exécution de décisions de justice et de vol. Une affaire relative à l’excision figurait également parmi les dossiers jugés.

Ces audiences publiques permettent aux habitants de suivre les différentes étapes d’un procès et de mieux comprendre comment les décisions sont rendues. Pour Raymond K. Sanogho, président du TGI de Tenkodogo, l’accessibilité de la justice passe aussi par un effort d’explication.« Nous travaillons pour la population et bien souvent, l’accès est difficile. La compréhension des terminologies judiciaires est également difficile », a-t-il déclaré dans ce reportage. Le magistrat a également rappelé la nécessité de recourir aux voies légales pour régler les différends : « On ne doit pas se faire justice soi-même ».
En parallèle, un guichet forain a permis aux citoyens de solliciter des certificats de nationalité burkinabè, des extraits de casier judiciaire ainsi que des jugements de rectification ou d’annulation d’actes d’état civil.
Ces démarches répondent à des besoins concrets : régulariser l’acte de naissance d’un enfant, corriger une erreur sur un document ou réunir les pièces nécessaires à un concours et à un recrutement. Le rapprochement des services judiciaires vise ainsi à faciliter des formalités importantes dans la vie des habitants.

La journée du 14 octobre à Garango a été consacrée à la sensibilisation sur les violences basées sur le genre, la loi Faso Bu-Kaoré et l’assistance judiciaire aux personnes vulnérables. Elle a réuni des acteurs de la chaîne pénale, des autorités administratives et communales, des représentants d’Enabel et les populations.« C’est une occasion offerte à la population de Garango de rencontrer les acteurs de la justice, d’exprimer ses préoccupations et d’obtenir des réponses », a souligné Yao Siaka Lallé, secrétaire général de la province du Boulgou, représentant le Haut-Commissaire.
Des cliniques juridiques étaient également prévues les 15 et 16 octobre pour compléter le dispositif. Ces consultations gratuites devaient permettre aux habitants d’exposer leurs situations, de recevoir des conseils personnalisés et d’être orientés dans leurs démarches.
Les activités de Korsimoro et de Garango prolongent un accompagnement engagé depuis 2024 auprès des TGI de Kaya, de Koupéla et de Tenkodogo. Cet appui comprend notamment l’organisation d’audiences foraines, la concertation entre les acteurs de la chaîne pénale et la fourniture de matériels et d’équipements. Les juridictions portent les activités et les adaptent aux besoins de leur territoire, Enabel assurant un rôle d’accompagnement.

À travers ces interventions, l’accès à la justice est abordé aussi comme un enjeu de prévention des conflits. Faire connaître les recours, faciliter les démarches et renforcer le dialogue entre les différents acteurs : autant de moyens mobilisés pour que les populations trouvent une réponse à leurs besoins de justice et que les différends puissent être traités avant de dégénérer.

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