Lutte contre le changement climatique au Burkina Faso : Enabel mise sur les associations locales pour faire émerger des solutions durables

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Pendant 9 mois, des associations locales avec l’appui financier d’Enabel au Burkina Faso ont conduit des initiatives sur plusieurs thématiques en lien avec la lutte contre le changement climatique. A l’issue de la mise en œuvre de ces initiatives ayant abouti à des résultats satisfaisants, un atelier de capitalisation croisée et de valorisation multimédia desdits résultats a été organisé les 29 et 30 septembre 2026 à Koupèla avec l’ensemble des acteurs. L’enjeu de cette rencontre était de comprendre ce que les initiatives locales ont permis d’engranger, les difficultés rencontrées et les conditions nécessaires à leur poursuite. 
L’ensemble du processus d’accompagnement a fait l’objet d’une recherche action ayant permis à Enabel de documenter non seulement les innovations développer mais aussi la capacité des associations locales à conduire avec succès des projets tout en impactant positivement les prises de décision et le changement de comportement en faveur de la lutte contre le changement climatique.  

Des formations mises à l’épreuve du terrain


La démarche s’inscrit dans le cadre du PTCS, approuvé par l’État belge fin 2021 et doté, d’une enveloppe globale de 50 millions d’euros pour le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Sénégal. Au Burkina Faso, le volet consacré à l’engagement de la société de la société civile vise notamment à renforcer la participation des organisations locales aux décisions concernant la lutte contre les changements climatiques.
Norbert OUEDRAOGO, chargé de projet pour le volet gouvernance locale du PTCS Burkina, explique que le processus a commencé par une cartographie des organisations de la société civile dans treize communes d’intervention. Un diagnostic a ensuite permis de sélectionner une cinquantaine d’organisations, formées au leadership, à la communication et au plaidoyer.
Après ces formations, un appel à projets a conduit à la sélection de cinq initiatives pilotes, contractualisées début 2026. Il s’agissait de vérifier comment les associations pouvaient mobiliser leurs acquis, conduire des actions concrètes et dialoguer avec les collectivités territoriales en faveur de la lutte contre le changement climatique. La recherche-action devait permettre de documenter les activités et d’en tirer des connaissances utiles à d’autres acteurs.
Les projets couvrent plusieurs domaines : la récupération des terres dégradées à Méguet, la plantation familiale d’arbres à Kando et Pouytenga, la diffusion des semences communautaires et des bio-intrants à Andemtenga, l’assainissement urbain à Boulsa et la gestion durable des forêts villageoises à Dargo. 

À Méguet des sols qui retiennent davantage l’eau

Dans la commune de Méguet, l’association Wend La Panga, identifiée sous le sigle AWLP, porte une initiative de restauration productive des terres dégradées. Son président, Mathieu SOUDRE, décrit l’installation de demi-lunes multifonctions et forestières, associées à de petits bassins de rétention d’eau, les mini-boulis. Le projet entend favoriser à la fois la remise en culture des terres dégradées et la reconstitution du couvert végétal.
Son premier constat concerne la persistance de l’humidité après les pluies. Il rapporte que l’eau peut encore être présente une à deux semaines après une pluie et que le sol reste humide. Les plants mis en terre, de même que les cultures de mil, de haricots et d’arachides, présentent, selon lui, une bonne physionomie. « Et vraiment, ça promet », résume-t-il.
Cette observation prend un relief particulier sur des parcelles délaissées depuis dix à quinze ans, devenues difficiles à cultiver, explique le responsable de l’association. En retenant l’eau, les aménagements doivent contribuer à rendre ces terres à nouveau productives. À ce stade, son témoignage décrit une évolution favorable de l’humidité des sols et du développement des cultures L’expérience, déployée dans cinq villages selon Mathieu SOUDRE, repose aussi sur la mobilisation des habitants. Le travail de sensibilisation auprès des autorités locales, des services techniques et des leaders communautaires a favorisé l’adhésion au projet. Le responsable souligne une participation majoritairement féminine et évoque des activités ayant mobilisé plus de cent femmes.
Pour lui, cette implication doit se prolonger dans les décisions. Il plaide pour « impliquer conséquemment les femmes sur toutes les lignes de décisions, sur toutes les lignes de mise en œuvre de nos actions ». Leur place dans la conduite des initiatives constitue ainsi un enseignement à prendre en compte dans les prochaines interventions.

À Boulsa mieux organiser la gestion des déchets

À Boulsa, l’initiative portée par l’association Wend-Kuuni, identifiée sous le sigle AWK, concerne l’assainissement urbain à travers des bacs à ordures et des panneaux de sensibilisation bilingues, en mooré et en français. Issaka SANGLA confirme la réception de panneaux ainsi que d’une vingtaine de bacs à ordures.
Ces équipements doivent être disposés à des points spécifiques pour faciliter le ramassage, explique le président de la délégation spéciale. L’objectif est aussi de permettre aux associations intervenant dans ce domaine de mieux organiser l’enlèvement des déchets et leur acheminement vers des lieux appropriés.
Le responsable communal exprime une appréciation « extrêmement positive » des présentations auxquelles il a assisté. Il salue l’engagement des associations et des populations dans les différentes communes.
Trois autres expérimentations complètent ce travail. À Kando et Pouytenga, AWEG teste la plantation familiale d’arbres avec l’objectif d’améliorer la survie des plants. À Andemtenga, UDSCOOP intervient dans la production et la dissémination de semences communautaires améliorées, la fabrication de bio-intrants, notamment le bokashi et les biopesticides, ainsi que la sensibilisation sur les marchés. A Dargo, ABDD mène des actions pour la gestion durable et l’amélioration de la couverture végétale des forêts communautaires. 

Des capacités associatives reconnues et des moyens à renforcer

Pour Norbert OUEDRAOGO, les expériences apportent des enseignements sur les capacités des organisations locales. « Le bilan, il est très satisfaisant », estime-t-il. Il relève leur engagement, leur aptitude à conduire des projets avec des moyens limités et leur capacité à mobiliser les autorités comme les acteurs communautaires. Cette appréciation l’amène à plaider pour un recours à ces organisations pour la mise en œuvre de futurs projets en lien avec la lutte contre le changement climatique. 

Des expériences locales pour éclairer les décisions publiques

Pour approfondir l’analyse, des échanges entre associations, autorités locales, services techniques, équipe d’Enabel et accompagnateurs ont eu lieu. La méthode prévue a associé une « Foire aux Évidences de Terrain », destinée à présenter les réalisations et leurs supports, un « Mur des Échecs Constructifs », consacré aux difficultés et aux ajustements, et des discussions thématiques sur la résilience climatique, le genre, l’inclusion sociale et la gouvernance locale.
Ces travaux doivent permettre de consolider des fiches d’expérience, des témoignages et des supports multimédias. Ils visent aussi à préparer une feuille de route pour intégrer les acquis dans les Plans communaux de développement et les partager avec les communautés. Leur intérêt est de rendre les enseignements utilisables au-delà des seuls projets pilotes, en précisant ce qui peut être reproduit et les moyens nécessaires.
Les témoignages recueillis décrivent des premiers acquis techniques, une mobilisation communautaire et des capacités associatives sur lesquelles Enabel envisage de s’appuyer. La capitalisation doit désormais permettre de consolider les données et de préciser les conditions d’une extension. Pour les acteurs locaux, la suite se joue dans la continuité de l’accompagnement, la disponibilité des moyens et la prise en compte de leurs expériences dans les décisions communales.

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