Les changements climatiques constituent aujourd’hui un défi mondial, aux répercussions de plus en plus visibles sur les territoires. Si les réponses s’organisent à l’échelle internationale et nationale, c’est bien au niveau local que leurs impacts se font le plus ressentir - et que des solutions concrètes doivent émerger.
Dans ce contexte, les organisations de la société civile (OSC) apparaissent comme des acteurs clés pour accompagner les communautés vers des pratiques plus résilientes et durables. À travers le Portefeuille Thématique Climat Sahel (PTCS), Enabel fait le pari de renforcer leur rôle en les outillant pour passer de la sensibilisation à l’action.
Les 26 et 27 mai 2026, les communes d’Andemtenga et de Kando ont ainsi accueilli des ateliers d’information et de sensibilisation, marquant une étape importante dans la mise en œuvre de micro-projets portés par ces organisations.
Une démarche structurée pour renforcer le leadership des OSC
L’initiative s’inscrit dans un processus progressif engagé depuis novembre 2024. Celui-ci a débuté par une cartographie des OSC actives dans le domaine du changement climatique, suivie d’un diagnostic organisationnel visant à évaluer leur capacité d’intervention.
Au total, 50 organisations ont été sélectionnées et formées sur des thématiques clés telles que le leadership, la communication et le plaidoyer. « L’objectif est d’amener ces OSC à influencer positivement les décisions locales et les comportements des communautés en faveur des bonnes pratiques de lutte contre le changement climatiques », explique OUEDRAOGO Norbert, chargé de projet au sein du PTCS.
Conscient que la formation seule ne suffit pas, le programme a intégré une phase pratique. Les OSC ont été regroupées en « grappes » communales et invitées à proposer des micro-projets. Sur neuf propositions, cinq ont été retenues et financées à hauteur de 5 millions de FCFA chacune, soit un appui global de 25 millions de FCFA. Ces projets couvrent des thématiques variées, notamment les semences communautaires résilientes, les plantations familiales d’arbres, la restauration des sols et la gestion des déchets.
À Andemtenga : produire et diffuser des semences adaptées aux réalités climatiques
Dans la commune d’Andemtenga, l’Union départementale des coopératives de producteurs de céréales s’est engagée dans un projet de production de semences communautaires adaptées aux conditions climatiques locales. Pour son président, Yaméogo Amado cette initiative repose sur un travail de longue haleine mené avec les producteurs et les chercheurs : « Nous avons expérimenté différentes variétés pendant plusieurs années pour identifier celles qui donnent de bons rendements, même avec les perturbations climatiques. » Ces semences, sélectionnées pour leur capacité d’adaptation et leur double usage (alimentaire et fourrager), représentent aujourd’hui une réponse concrète aux défis posés par les changements climatiques, notamment en matière de sécurité alimentaire.
L’enjeu est désormais de les produire à plus grande échelle et d’en assurer la vulgarisation auprès des producteurs. Une dynamique saluée par les autorités locales. Le Président de la délégation spéciale d’Andemtenga, Wahab Sawadogo, souligne : « C’est une très belle initiative qui vient à point nommé, au regard des effets du changement climatique auxquels nous faisons face actuellement. » Il met également en avant son impact attendu : « Cet appui va contribuer à la production et à la vulgarisation de semences adaptées au profit des agriculteurs de notre commune. »
À Kando : responsabiliser les ménages pour améliorer le taux de survie des plants
Dans la commune de Kando, l’association Wend Gunda, à travers la grappe Pouytenga-Kando, s’attaque à une problématique récurrente : le faible taux de survie des plants issus des campagnes de reboisement. Selon son président, Kayaba Ferdinand, le constat est sans appel : « Lors des reboisements collectifs, il y a beaucoup d’engouement au moment de planter, mais très peu de suivi par la suite. Finalement, les plants ne survivent pas. » Pour y remédier, le projet propose une approche alternative fondée sur la responsabilisation des ménages, en confiant les plants à des familles bénéficiaires qui en assurent l’entretien dans leur propre environnement.
Une approche jugée pertinente par les autorités communales. Le Président de la délégation spéciale de Kando, Arana Paré, souligne : « Cette initiative est bien pensée. Elle permettra d’améliorer significativement le taux de survie des plants, car les familles pourront en assurer le suivi au quotidien. » Il rappelle également l’importance de l’accompagnement des partenaires : « Nous saluons cet appui d’Enabel, qui vient renforcer les actions de développement dans notre commune. » Et réaffirme l’engagement de la collectivité : « Nous sommes prêts à accompagner ces initiatives afin d’atteindre les résultats attendus, car ces résultats sont ceux de toute la commune. »
En plus des deux micro-projets mis en œuvre par des OSC à Andemtenga et Kando, trois autres sont mis en œuvre à Meguet, Boulsa et Dargo respectivement sur les thématiques de restauration de terres dégradées par les demi-lunes multifonctions, la gestion des déchets, la préservation des forêts villageoises.
Les OSC, des relais stratégiques entre communautés et autorités
Au-delà des solutions techniques, ces initiatives mettent en lumière le rôle stratégique des OSC dans les dynamiques locales. À travers les ateliers organisés à Andemtenga et Kando, elles ont su mobiliser un large éventail d’acteurs : autorités administratives, services techniques, leaders communautaires et populations.
Cette capacité à fédérer, positionne les OSC comme des relais essentiels entre les communautés et les instances de décision. Elles contribuent ainsi à la fois à la sensibilisation des populations et au plaidoyer auprès des autorités pour l’intégration des enjeux climatiques dans les politiques locales.
Une approche basée sur la recherche-action et l’apprentissage
L’un des aspects innovants du programme réside dans son approche de recherche-action. Tout au long de la mise en œuvre des différents projets, les expériences sont documentées à travers une démarche de recherche action, afin d’évaluer l’impact réel des OSC sur le terrain Les échecs ainsi que les points d’amélioration de ces OSC seront également documentés. L’objectif est notamment de mesurer leur capacité à influencer les comportements des communautés, à porter un plaidoyer efficace et à contribuer à l’intégration des enjeux climatiques dans les plans communaux de développement.
À terme, cette capitalisation permettra de disposer de données probantes pour orienter les futures interventions et renforcer le rôle des OSC dans la gouvernance climatique locale.
Des solutions locales pour répondre à un défi global
À Andemtenga comme à Kando ainsi que dans les trois autres communes, les initiatives portées par les OSC illustrent une dynamique prometteuse : celle de solutions locales, adaptées et co-construites avec les communautés. Qu’il s’agisse de semences résilientes, de nouvelles approches de reboisement, de la préservation des forêts villageoises ou de la gestion des déchets, ces expériences démontrent qu’il est possible d’agir concrètement face aux changements climatiques en s’appuyant sur les acteurs locaux.
Dans un contexte global marqué par l’urgence climatique, ces actions rappellent que les réponses les plus durables sont souvent celles qui prennent racine au plus près des réalités du terrain, - avec l’engagement des communautés, l’implication des autorités et l’accompagnement de partenaires comme Enabel.
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