Gouvernance communautaire : quand des cellules villageoises transforment, prolongent et sécurisent la durabilité des infrastructures

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Dans de nombreuses communes rurales, des infrastructures pourtant coûteuses se dégradent prématurément, faute d’appropriation locale. Dans la région des Koulsé, ex Centre-Nord du Burkina Faso, le projet OKD, cofinancé par l’Union européenne et l’Allemagne et mis en œuvre par Enabel et la GIZ, expérimente une réponse concrète : impliquer directement les communautés dans la gouvernance et l’entretien des pistes rurales, à travers des comités villageois structurés et outillés.

Des « éléphants blancs » à une gouvernance partagée

L’échec silencieux des infrastructures a donné le nom « d’éléphants blancs » pour désigner des infrastructures financées à grands frais mais qui, quelques années après leur réception, deviennent inutilisables ou peu exploitées. Marchés, gares routières, boutiques de rue ou pistes rurales : les exemples abondent dans de nombreuses communes. Cette situation, rarement liée à un manque de ressources financières, trouve plutôt son origine dans une déconnexion entre la conception des infrastructures et les réalités locales. Pensés de manière descendante, souvent loin du terrain, ces équipements souffrent d’un déficit d’appropriation communautaire et d’un manque de mécanismes locaux d’entretien. Les conséquences sont visibles : dégradations rapides, abandon progressif et gaspillage d’investissements publics.

Miser sur l’intelligence collective pour des infrastructures durables

C’est pour répondre à ce défi qu’Enabel, à travers le projet « Renforcement de la résilience socio-économique dans la région du Centre-Nord (axe OKD) », a fait le choix d’une approche fondée sur une gouvernance communautaire. Cette approche s’est voulue une démarche de mobilisation de l’intelligence collective de toutes les forces vives pour co-construire le développement des territoires. Elle était fondée sur une implication des communautés, les titulaires de droits, à toutes les phases du processus de réalisation des infrastructures.   
Le processus a débuté par une cartographie des acteurs, qui s’est poursuivi par des rencontre d’identification des besoins puis de planification entre les municipalités et les populations. Le processus s’est poursuivi par la réalisation des infrastructures avec la méthode Haute Intensité de Main-d’Œuvre (HIMO). Cette technologie de construction maximise les possibilités d’emploi de la main-d’œuvre (qualifiée et non qualifiée) avec le soutien d’équipements légers et l’utilisation de matériaux disponibles localement, tout en maintenant la compétitivité de coûts et des normes de qualité. À la suite de la réalisation des pistes, pour permettre une meilleure appariation des pistes don’t elle a contribué à réaliser et pour assurer leur durabilité, les communautés ont été appuyer à la mise en place de comités villageois de pistes (CVP). Ces CVP sont des organisations de gouvernance communautaire qui réunissent tous les habitants des villages/secteurs traversés par les pistes sans distinction d’âge, de genre ou de statut social. Au sein de ces CVP un bureau opérationnel de 10 membres représentatif des toutes les couches (femmes, hommes, jeunes, personnes en situation de handicaps, etc.) organise, sensibilise motive et suit régulièrement l’état des pistes et mobilise les membres pour l’entretien régulier des pistes.

Des formations pratiques et des équipements, directement sur le terrain

Pour faire des CVP de véritables acteurs opérationnels, leurs membres ont bénéficié de formations pratiques, organisées directement sur les pistes. Ces formations ont porté sur trois volets essentiels de l’entretien routier communautaire.Le premier concerne la construction de murets et de diguettes, destinés à canaliser et ralentir les eaux de ruissellement, principales causes de formation de rigoles et de coupures de pistes. Des gestes simples, mais déterminants pour prévenir les dégradations prématurées.
Le deuxième volet porte sur la mise en place et l’entretien des cordons pierreux. Les participants ont appris à repositionner correctement les moellons déplacés par les pluies, contribuant ainsi à la protection de la couche de roulement et à la stabilisation des flancs des pistes.
Enfin, les CVP ont été formés au traitement des nids-de-poule, une opération clé pour maintenir la praticabilité des voies. Les exercices pratiques ont couvert toutes les étapes techniques : épandage du matériau, étalage, arrosage et compactage, jusqu’à l’obtention d’une surface robuste et durable.
Au-delà du transfert de compétences, les CVP ont également reçu une dotation en équipements d’entretien : pelles, brouettes, râteaux, haches, gilets de visibilité et autres outils. Cette dotation permet aux communautés d’agir de manière autonome, sans dépendre systématiquement d’une intervention extérieure des services techniques communaux.

Une approche appréciée par les acteurs

Pour les communautés, cette démarche participative n’est pas seulement un transfert de compétences : c’est un symbole fort de responsabilisation locale.
Pour les bénéficiaires, cette démarche va bien au-delà d’un simple appui technique. « C’est la première fois qu’on nous implique directement dans l’entretien des pistes. Ces actions d’Enabel nous donnent confiance et nous permettent d’agir nous-mêmes pour préserver notre piste », confie Ouédraogo Zenbao, membre du CVP du village de Sabouri-Natenga, commune de Korsimoro. Le même sentiment est partagé à Boussouma. « Avant, nous pensions que l’entretien des pistes relevait uniquement des techniciens. Nous observions impuissants leur dégradation. Aujourd’hui, nous avons les outils, les techniques et l’organisation nécessaires pour intervenir et donner plus de chances de survie à nos pistes », explique Gango Hamado, membre du CVP de Lougouma.

Un Modèle possiblement réplicable 

L’accompagnement des CVP illustre une dynamique de gouvernance locale participative portée par le projet OKD. En impliquant directement les communautés dans l’entretien des infrastructures, les communes renforcent ainsi l’appropriation et la responsabilisation citoyenne, la protection des investissements publics et accroissent la résilience de leur territoire.
Ce modèle, basé sur l’engagement communautaire et l’approche par les compétences, pourrait inspirer d’autres collectivités des Koulsé et au-delà.

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