Pourquoi certains services
de santé sont-ils largement utilisés alors que d’autres restent peu connus ou
peu fréquentés ? Une étude menée dans les zones d’action de Enabel au Burundi
apporte des éléments de réponse à partir des connaissances, des pratiques et
des expériences des communautés.
Réalisée dans 13 communes de
sept districts sanitaires des anciennes provinces de Cibitoke et Kirundo,
l’étude a combiné une enquête auprès de 1590 ménages, 14 discussions de groupe
et 45 entretiens avec des prestataires de soins, des agents de santé
communautaires, des responsables institutionnels, des leaders religieux et des
partenaires du secteur de la santé. L'objectif n'était pas seulement de mesurer
l'utilisation des services, mais surtout de comprendre pourquoi certaines actions
fonctionnent mieux que d'autres.
Les centres de santé,
premier recours face à la maladie
Dans les trois mois
précédant l’enquête, 71,1 % des ménages avaient compté au moins une personne
malade. Le paludisme était la maladie la plus fréquemment citée (52,9 %).
Face à la maladie, 65,1 %
des ménages ayant signalé au moins une personne malade avaient consulté un
centre de santé, tandis que plus d’un ménage sur trois n’y avait pas eu recours.
L’automédication arrivait en deuxième position parmi les types de recours, avec
des proportions variant de 11,7 % à 23,4 % selon les situations analysées.
Ces résultats varient selon
les districts : à Cibitoke, par exemple, 76,5 % des ménages avaient connu
un épisode de maladie, mais seulement 51,1 % avaient consulté un centre de
santé, ce qui montre qu’un besoin de soins ne se traduit pas toujours par un
recours effectif aux services.
Des obstacles économiques,
organisationnels et socioculturels
Plusieurs obstacles
influencent le recours aux soins sont rapportés : la pauvreté (73,8 %), le
manque d’argent ou le coût des soins (43,8 %), les ruptures de médicaments
(29,2 %) et l’influence des croyances traditionnelles ou religieuses (21,4 %).
Les frais de transport, les délais d’attente et la qualité de l’accueil jouent
aussi un rôle important.
Le recours aux soins dépend ainsi
à la fois des conditions économiques, du fonctionnement des services, des
normes socioculturelles et de l’expérience vécue par les communautés.
Une expérience des soins
globalement positive, mais fragilisée
Parmi les personnes ayant
utilisé les services, 78,4 % se déclaraient satisfaites ou très satisfaites.
Cette appréciation coexistait avec des motifs d’insatisfaction : manque de
médicaments, délais d’attente, attitude de certains membres du personnel,
insuffisance des examens disponibles et qualité perçue des soins.
Les communautés ont également
souligné les dépenses liées au transport ou à l'achat de médicaments en
pharmacie privée, ainsi que l'importance de l'accueil et du respect dans leur
décision de revenir vers un service de santé.
Des
écarts importants entre connaissance et utilisation
L’étude révèle des
situations très différentes selon les domaines de santé. Certains services sont
bien intégrés : 85,9% des femmes avaient effectué au moins quatre
consultations prénatales et 92,4% avaient accouché dans une formation
sanitaire. D’autres étapes du parcours de soins restent fragiles : seules
25 % des femmes avaient bénéficié d’une consultation postnatale, et 9,5 % des
répondants seulement pouvaient citer au moins cinq signes de danger pendant la
grossesse.
La planification familiale
illustre aussi cet écart : 96,8 % des répondants en connaissaient l’existence,
mais seulement 37,3 % des répondants mariés utilisaient une méthode de
contraception (29,5 % à Cibitoke contre 44,5 % à Kirundo), freinées par la
crainte des effets secondaires, les convictions religieuses, l’opposition du
conjoint. Les services de santé sexuelle et reproductive pour adolescents et
aux jeunes restaient peu visibles : seuls 40,1 % des répondants en
connaissaient l’existence.
La santé mentale, un besoin
visible mais des services encore peu identifiés
Près d’une personne sur deux
déclarait connaître dans son entourage une personne souffrant d’un trouble
mental. Pourtant, seuls 8,3 % savaient qu’une prise en charge existait dans
leur centre de santé, et 4,7 % avaient déjà consulté un professionnel. Les
représentations traditionnelles restent présentes : 37,8 % associent les
troubles mentaux à la sorcellerie, 16,6 % aux mauvais esprits, même si 56,3 %
savaient qu’un traitement médical existe.
Des agents de santé
communautaires reconnus
Les agents de santé
communautaires sont un point d’appui essentiel du système de santé : 91 % des
répondants connaissaient leur rôle et 89,2 % se déclaraient satisfaits de leur
travail. Pourtant, 61,5 % n’avaient participé à aucune séance de
sensibilisation au cours des trois mois précédents.
À travers ces résultats,
l’enquête documente les écarts entre les services proposés, leur connaissance
par la population et leur utilisation effective. Elle apporte ainsi au
ministère de la Santé publique, à ses partenaires et à Enabel une base concrète
pour adapter les actions aux réalités vécues par les communautés.
Contacts :
Dr Jacques NAHIMANA :
jacques.nahimana@enabel.be
Dr Joséphine NKUADIO TULANDA : josephine.nkuadio@enabel.be
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