Au
Niger, une initiative innovante rapproche les soins oculaires des élèves. En
dépistant précocement les troubles de la vision en milieu scolaire, cette
approche améliore à la fois la santé des enfants et leurs chances de réussite,
tout en contribuant à l’objectif de couverture sanitaire universelle.
Imaginez
un enfant assis en classe, les yeux plissés, qui tente désespérément de
déchiffrer ce que l'enseignant écrit au tableau. Il ne comprend pas pourquoi
les lettres se brouillent. Ses parents non plus. Et pourtant, une simple paire
de lunettes suffirait. Cette réalité, des milliers d'élèves nigériens la vivent
sans le savoir.
Un
accès aux soins encore trop limité
Au
Niger, les problèmes oculaires restent fréquents. La cécité touche 8,2 % des
personnes de plus de 50 ans, causée principalement par des troubles de la
réfraction et la cataracte, deux affections souvent traitables. Pourtant, dans
les zones rurales, consulter un spécialiste ou obtenir des lunettes implique
des heures de route et des dépenses que beaucoup ne peuvent pas assumer.
Des
soins qui vont vers les patients
C'est
face à cette réalité que le projet PASS-Sutura, porté par Enabel en partenariat
avec le Programme national de santé oculaire du Niger et l’inspection
départementale de l’éducation, a décidé de changer d'approche : plutôt que
d'attendre que les patients viennent aux soins, ce sont les soins qui iront
vers les patients.
Entre
2022 et 2025, des campagnes de dépistage et des opérations de la cataracte ont
été menées à Gaya, Gothèye et Dioundiou, permettant à de nombreux patients de
retrouver la vue.
En
2026, une nouvelle étape est franchie : des techniciens nigériens ont été
formés à la clinique Saint-Joseph de Likasi pour gérer des unités de
lunetterie. Pour la première fois au Niger, ces services seront disponibles
directement dans les hôpitaux de district, en milieu rural, rendant les soins
oculaires accessibles à tous.
L'école,
terrain de jeu de la vision
Parmi
les premières bénéficiaires de cette dynamique : les enfants. Et c'est
peut-être là que l'impact est le plus immédiat, le plus tangible. Un élève
myope ou avec d’autres troubles de réfraction (astigmatisme ou hypermétropie)
qui ne voit pas le tableau, un enfant qui fatigue rapidement à la lecture, ces
situations, banales dans leur apparence, peuvent avoir des conséquences
profondes sur la trajectoire scolaire d'un enfant. Des notes qui chutent, une
démotivation qui s'installe, parfois même un abandon précoce de la scolarité.
Tout cela, pour un problème qui se règle avec une paire de lunettes.
Conscients
de cet enjeu, les équipes du projet ont décidé de mener une campagne de
dépistage au cœur des écoles des districts de Gaya et Gothèye, en accord avec
les recommandations de l'OMS.
Une
mobilisation pour la santé visuelle des élèves
Du
14 avril au 12 juin 2026, des équipes composées de techniciens
ophtalmologiques, d’agents lunetiers et d’acteurs de l’éducation ont mené une
campagne de dépistage dans sept écoles. Enseignants, élèves et parents ont été
pleinement impliqués, garantissant une organisation efficace et un suivi
rigoureux.
Le
dépistage s’est déroulé en deux étapes : une première évaluation par les
enseignants formés, suivie d’un examen approfondi par des spécialistes. Les
données ont été collectées de manière fiable, combinant supports papier et
outils numériques.
Des
résultats révélateurs
Sur
4 414 élèves, 2 119 ont été dépistés :
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